L’harmonie de la société médiévale, expliquée par le système de castes

Aujourd’hui largement confondues avec les classes sociales vers lesquelles elles ont fini par dégénérer, les castes sont en réalité une hiérarchisation de la société selon un rapport qualitatif, où chaque individu appartient à la caste qui lui correspond en fonction de ses dispositions naturelles, et non par rapport à son statut sociale lié à sa profession dont il est susceptible de changer.
Cette hiérarchie s’effectue en fonction de la proximité de la caste avec le centre (Dieu), sans que l’on considère que l’une soit meilleure que l’autre, bien qu’elle lui soit supérieure.
Chaque individu est à sa place, exerçant sa vocation au service des autres, en fonction de ses qualités et en vue de se réaliser (évolution spirituelle vers le divin), participant à l’harmonie (qui naît de l’unité) de la société.
Contrairement aux classes sociales, plus un individu appartient à un rang élevé, plus il a de devoirs envers le reste de la société. Ainsi par exemple, le roi était en première ligne sur le champ de bataille bien loin des privilèges de la fonction présidentielle actuelle.

 

 

 

 

Le système de caste est connu en Inde où il est devenu une science mais il a également existé au Moyen-âge, avec une structuration s’étendant jusqu’aux corps de métiers.
Parmi les castes (Varnas en Inde, qui signifie « couleurs ») on distingue :
– Le Brahmane / Prêtre, Savants, Enseignants qui correspond au Clergé au Moyen-Age. Il représente l’autorité spirituelle.
Il s’agit d’un être contemplatif, intellectif, spéculatif, sacerdotal, qui tend à la sagesse (contemplation) et à la sainteté (discernement).
– Le Kshatriya / Roi, Prince, Guerrier qui correspond à la Noblesse au Moyen-Age. Il représente le pouvoir temporel.
Il s’agit d’un être qui tend à la gloire, à l’héroïsme d’où l’idéale de héroïsme des vertus.
Ses qualités sont le sens de la justice, la charité et la générosité
– Le Vaishya / Artisan, Commerçant ou Paysan (qui est un propriétaire terrien), correspond au Tiers-Etat au Moyen-Age.
Il s’agit d’un travailleur, équilibré et persévérant.
Son centre est l’amour du travail utile et bien fait, accompli en vue de Dieu (Compagnonnage).
Il n’aspire ni à la transcendance, ni à la gloire tout en se voulant pieux et respectable.
Il aime la paix et la stabilité, et se désintéresse des aventures, ce qui lui dispose d’une contemplativité conforme à ses occupations.
– Le Shudra / Serviteur ou travailleur agricole, qui est un homme non libre (et non un esclave comme on l’envisage aujourd’hui) correspond au Serf au Moyen-Age.
Il s’agit d’un être sans idéal, hédoniste, grossier, qui ne peut pas se gérer lui-même. N’ayant pas de centre, ses vertus doivent être la soumission et la fidélité à meilleur que lui, qui fera office de centre à son égard (rappelant le rapport de maitre à disciple dans le domaine spirituel).
Il existe également une autre classe d’individu faisant partie d’aucune caste :
– Le Paria / intouchable : Il s’agit d’un être désaxé et considéré comme impur. Il est capable de tout est de rien, c’est un imitateur, un comédien né. Il est un néant avide de sensation, sa vie est une série discontinue d’expériences arbitraires. Etant considéré comme dangereux il est écarté de la société et on lui confie des tâches ingrates, ayant des fonctions comme ramoneur par exemple.

D’après la doctrine Hindoue, l’appartenance à une caste est définie suivant les caractéristiques d’un individu dont leurs développements sont liés au karma de l’être. Celui-ci est la résultante de la conduite et l’attitude (soit positive soit négative) au cours d’une vie antérieure (qui est soit une autre existence terrestre soit une partie antérieure de la vie courante), menant par exemple un serviteur à être affranchi. Suite à la confusion des castes, celles-ci ont pu être considérées comme étant héréditaires. En réalité un enfant naît dans une famille (dont les parents appartiennent ou non à la même caste), propice à son développement et en fonction de son karama. Ainsi un enfant de nature Brahmane a plus de chance de naitre dans une famille constitué de deux parents Brahmanes.
Parmi ces caractéristiques, nous pouvons citer les 3 pôles (les gunas qui des conditions de l`Existence universelle) faisant partie du corps subtile auxquels appartient chaque individu, avec une prépondérance variable pour chacun des pôles :

Sattva : Sattva (la bonté, l’intelligence lumineuse) enchaîne l’être conditionné par l’attachement au bonheur (Sukha) et à la connaissance (Jnana) et favorise les actes harmonieux générant du karma positif (Punya Karma).
Rajas : Rajas (la passion) enchaîne par l’attachement à l’action et aux objets des sens (soit négativement, soit positivement) via le désir.
Tamas : Tamas (l’ignorance) enchaîne par l’indolence, le désintérêt, la passivité, la négligence, la confusion et favorise les actes disharmonieux générant du karma négatif (Pâpa Karma).
Ainsi un brahmane a une prédominance de Sattva tandis qu’un Shudra a une prédominance de Tamas.
A noter que pour le Moyen-âge on distingue aujourd’hui habituellement 3 ordres (les 3 premières castes présentées précédemment), sans distinguer les hommes libres des non libres au niveau du Tiers-Etat. Il y avait par exemple les paysans non libres qui étaient les serfs et les paysans libres qui étaient les vilains.

Cependant, voici ce que dit très justement Wikipedia à propos des 3 ordres sociaux (et donc des castes) de l’ancien régime :

« Comme dans toute la Chrétienté, et conformément au magistère catholique, la société est envisagée comme un tout organique où chacune des parties vit en symbiose avec les autres. Sous l’Ancien Régime, la société est distinguée en trois ordres qui correspondent à trois fonctions. Chacun des trois ordres définis depuis le Moyen Âge doit être complémentaire des deux autres : les moines prient pour le salut des laïcs ; les chevaliers mettent leurs armes au service de l’Église et protègent les faibles ; enfin, les paysans cultivent la terre pour nourrir les deux premiers ordres. Les fonctions sont hiérarchisées en dignité, autrement dit la logique spirituelle du premier ordre prévaut sur celle politique du second, qui elle-même prévaut sur toutes les considérations économiques. La société d’Ancien Régime est donc le contraire d’une société matérialiste où l’économie impose sa logique à toute la société. À l’intérieur de chacun des ordres, cette hiérarchie se décline pour ordonner toutes les fonctions sociales. Ainsi, dans l’ordre économique, le secteur primaire est considéré le plus digne (agriculture, mine, pêche, forêts), suivi de l’artisanat puis du commerce et du négoce qui sont juste au-dessus des métiers les plus vils : l’usure (banque) et la prostitution. En effet, la conduite noble est celle qui se sacrifie pour l’honneur (pour l’intérêt général), tandis que l’activité économique cherche un gain, un profit, qui est plus grand chez le commerçant que chez l’agriculteur, chez l’usurier que chez le commerçant. »

 

 

 

 

Nous pouvons ajouter que le serviteur (ou le serf) qui n’est donc pas mentionné dans l’article, est un homme non libre non pas parce qu’il est esclave mais parce-que son comportement ne lui permet pas de se diriger lui même et a besoin d’être sous tutelle, n’excluant pas qu’il puisse devenir libre (affranchi) au cours de sa vie.

Ainsi le système de castes est un système équitable et non égalitariste qui n’est pas centré sur l’individu mais sur la société entière, voir sur le tout.
En évoquant l’égalitarisme on ne peut s’empêcher de faire référence au système scolaire actuel qui nie cette nature individuelle ainsi que la qualité contemplative pour laquelle la société actuelle n’offre plus aucune fonction, étouffant le développement approprié des possibilités de chaque enfant.
A remarquer le contraste saisissant avec notre société « moderne » où sa hiérarchisation en fonction des pouvoirs (économique, politique et spirituel) et l’importance donné à chaque corps de métiers les uns par rapport aux autres, est l’exact opposé. Et ce n’est pas pour rien que notre société peut-être qualifié à juste titre d’anti-traditionnelle où le pouvoir temporel (politique) est totalement soumis au pouvoir marchand (de l’argent) et où l’autorité spirituelle a été substituée par un clergé occulte (sociétés secrètes) qui utilise la science matérialiste comme nouvelle religion. La véracité de cette dernière apparaît d’ailleurs aujourd’hui comme étant plus que douteuse au niveau de ce que l’homme moyen n’est pas en mesure de vérifier.

Le mélange de castes (les parias) était considéré dans le passé comme étant à proscrire pour le bien de la société, car il engendre des individus décentrés ayant plusieurs pôles. Pour donner un exemple concret, de nos jours nous pouvons rencontrer des individus qui sont à la fois « intelligents » mais rempli de vices. Et cette intelligence mise au service des ces travers, engendre par exemple la malice qui est l’intelligence au service du mal.
La désignation de l’appartenance à une caste, ainsi que la vocation précise d’un individu suppose que des personnes compétentes avaient la faculté de déterminer les caractéristiques de ces derniers (ce qui était le rôle des druides/brahmanes/prêtres), dès leur plus jeune âge, bien loin de la médiocrité de nos conseillers d’orientation.

Ainsi on ne choisissait pas un métier, mais on était fait pour un métier et on réalisait sa vocation dans laquelle on excellait, contrairement à aujourd’hui où l’on peut plus se considérer comme « touche à tout mais bon à rien » n’exerçant pas forcément la fonction correspondant à nos aptitudes.
Dit ce cette manière, nous avons l’impression d’un non choix, d’une absence de liberté. Et cela nous renvoie tout droit à la notion de liberté envisagée non pas dans le sens profane conçu comme aujourd’hui, mais le sens sacré, où la liberté est tout simplement d’être de libre de faire ce que l’on a à faire ; la société médiévale étant difficile à appréhender sans se méprendre, si on l’envisage d’un point de vue strictement profane.

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ribou83
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ribou83

Oui très beau tout ça, on appartient à la caste de ses parents, sans possibilité de changement.

ll faut louer la bienveillance divine qui nous épargne le choix, le choix et la liberté. Dieu choisi pour nous, gloire à lui. Si je me retrouve dans la caste la plus basse c’est surement que je l’ai bien mérité. dieu ne peut pas se tromper alors c’est ma faute.

Et puis, se rebeller contre sa condition, c’est se rebeller contre dieu. C’est mal !

Et puis pourquoi on râle, toutes les castes sont égales. bon d’accord les gueux, c’est vous qui irez torcher le cul des vaches, nous on peut pas on est en contact avec dieu. on aurait bien aimé vous aider mais on peut pas c’est pas notre rôle.

Ainsi, Conscience, vous êtes contre le principe d’égalité.

Et contre le principe de liberté.

ribou83
Invité
ribou83

Conscience, pouvez-vous m’apporter une précision ?

Qu’est ce qui détermine l’appartenance à une caste ? La naissance ou la compétence ?

ribou83
Invité
ribou83

Bonjour Conscience.

Tous les articles que j’ai lu disent sans ambiguïté que l’on appartient à la caste de ses parents.

Êtes vous d’accord ?

ribou83
Invité
ribou83

Conscience.

En quoi un système non égalitaire, ou la plupart des individus n’étaient pas libres, pouvait avoir un côté harmonieux ?

Pouvez-vous préciser votre pensée ?

ribou83
Invité
ribou83

Bonjour Conscience.

Le titre bien évocateur de cet article est  »L’harmonie de la société médiévale, expliquée par le système de castes. »

Sur quel documents historiques, sur quel témoignages historique, sur quelle étude vous vous appuyez pour affirmer que le système des castes était à l’origine de l’harmonie qui était supposée régner au moyen age.

Pyrophorus
Invité
Pyrophorus

Pour commencer, vous auriez pu choisir d’autres vitraux que ceux-ci qui sont visiblement trop tardifs pour illustrer le Moyen-Age… Ensuite, l’harmonie du Moyen-Age est une douce illusion entretenue par des rêveurs optimistes. C’était au contraire une période d’insécurité généralisée et de conflits incessants. Aujourd’hui nous pouvons mettre sans danger nos pas dans ceux des pèlerins de Compostelle, mais à l’époque, nombre d’entre eux n’en revenaient jamais. Comme l’écrivait un moine contemporain: « Lorsqu’une fille pourra aller de Narbonne à Montpellier sans se faire violer, ce sera le Royaume de Dieu sur terre. » Déjà, parler du Moyen-Age globalement est abusif car la société européenne a fortement évolué entre la période mérovingienne et l’aube de la Renaissance. Ensuite, votre comparaison entre les castes indiennes et les trois ordres médiévaux n’a pour moi aucun sens: elle s’appuie sur des ressemblances superficielles et une méconnaissance totale de la différence entre les religions sous-jacentes. Le système des castes se fonde sur le karma et le cycle des réincarnations qui est tout à fait étranger à la pensée médiévale. Les castes indiennes sont (étaient) une organisation sociale réelle (et bien plus complexe que votre description simplifiée), alors que les trois ordres sont une idéalisation défendue par des clercs (une idéologie en somme) qui décrit assez mal le fonctionnement réel de la société. Il s’agissait de se positionner contre les pouvoirs laïcs, ce qui a donné lieu à des affrontements homériques durant toute la période. On constate que s’il y a bien un tiers ordre composé principalement de paysans, les deux ordres clérical et chevaleresque s’interpénètrent profondément: bien des prélats (qui sont issus essentiellement de la noblesse) exercent une seigneurie temporelle qui ne se distingue en rien des seigneuries laïques et les possessions de l’Eglise sont régulièrement considérées par les grands feudataires comme autant de fiefs qu’ils peuvent… Lire la suite »